L’abbaye de Noirlac - Centre culturel de rencontre, ambitionne de lier la richesse patrimoniale du monument à une actualité artistique dense et éclectique.
La rencontre du passé avec la modernité, des artistes avec le monument, des publics avec la création artistique sont au cœur de ce projet.
Abbaye de Noirlac - Centre culturel de rencontre
Projet artistique et culturel
Miraculeusement sauvegardée dans son architecture primitive, l’abbaye de Noirlac constitue un ensemble monastique cistercien remarquable en Europe.
Le bocage de Noirlac, situé dans la vallée inondable du Cher, est l’un des rares ensembles naturels de cette vallée qui ait conservé ses aspects paysagers et fonctionnels.
Située à l’exact centre géographique de la France, à 40km au sud de Bourges, l’abbaye est au bord d’un chemin transeuropéen nord/sud très fréquenté.
Propriété du Conseil général du Cher depuis 1909, elle est restaurée à partir du milieu des années 50 et se trouve aujourd’hui dans un parfait état de conservation.
À la fin des années 70, Jean-Pierre Raynaud recrée l’ensemble des verrières de l’abbaye, donnant ainsi le ton d’une exigence qui visait à inscrire ce patrimoine dans la modernité.
Depuis le début des années 80, des expositions et manifestations artistiques ou évènementielles y sont organisées régulièrement. Un festival de musique y voit le jour.
Le Conseil général du Cher a choisi de faire de sa politique culturelle un des leviers majeurs de son attractivité et de son développement. Il a ainsi souhaité transformer l’abbaye de Noirlac en Centre culturel de rencontre.
L’histoire de l’abbaye de Noirlac et de ses usages est complexe, tout comme les époques qu’elle a traversées. Loin de s’arrêter à la Révolution, au moment du départ des moines, cette histoire s’est poursuivie en réinventant chaque fois le monument dans de nouveaux usages, interrogeant sans cesse la réactivité de son architecture. Il s’agit aujourd’hui, un siècle après son acquisition par le Conseil général du Cher, d’en ouvrir une nouvelle page, qui devra réaliser la synthèse entre le passé du monument et le lieu d’expérimentation et d’innovation à venir. Comment révéler le monument aujourd’hui, dans son épaisseur, sa force symbolique, en développant en son sein un travail d’invention, de transmission et de partage, en articulant création artistique et valorisation du patrimoine ?
Ces deux fondamentaux de la Règle de Saint Benoît, organisant la vie des moines dans une double volonté de vivre à la fois en retrait et à l’écoute du monde, restent d’une complète actualité aujourd’hui dans le fonctionnement d’un Centre culturel de rencontre.
Le projet artistique et culturel de l’abbaye de Noirlac repose sur cette tension paradoxale :
Le désert, comme capacité, pour les artistes, à prendre le temps du silence et de l’écoute, à poser la question de la nécessité de l’acte artistique, à se donner le temps de la confrontation, de l’expérimentation et de la recherche partagées, en dehors des contraintes habituellement liées au temps de la production artistique.
L’hospitalité, comme capacité du monument, des artistes et de l’équipe qui l’habitent, à aller vers la population, à partager avec le plus grand nombre leurs recherches en dévoilant l’alchimie mystérieuse de la création artistique.
Il s’agira dans les prochaines années de réaliser tous les équipements et travaux nécessaires, à l’intérieur de l’édifice et dans le périmètre immédiat de l’abbaye pour mieux accueillir artistes, visiteurs et spectateurs.
Seront prochainement créés :
- des lieux d’hébergement, des espaces de travail pour les artistes et les séminaires, des espaces de sensibilisation pour différents publics
- un plateau administratif pour l’équipe permanente
- une unité d’accueil public et de restauration légère
- un aménagement paysager
1 - Les Rendez-vous artistiques
L’ancrage territorial constitue une préoccupation majeure dans le développement du projet : c’est bien en associant d’abord la population locale à notre démarche, en lui « restituant » en quelque sorte le monument, que notre action trouvera sa légitimité. L’ambition nationale et internationale, au cœur de l’action des centres culturels de rencontre, est une complémentarité indispensable avec cette attention première.
Du printemps à l’automne, une série de rendez-vous artistiques tenteront d’associer accessibilité publique et exigence artistique.
Les Traversées - Rencontres musicales de Noirlac
Située à l’exact point de rencontre entre les régions de langue d’oc et celles de langue d’oïl, l’abbaye de Noirlac occupe une position géographique singulière. Cette spécificité nous a conduits à envisager un socle pour le festival : la frontière.
Derrière ce mot viennent immédiatement les idées de passage (officiel ou clandestin), de dialogue, de civilisations, de différences.
Les Traversées- Rencontres musicales de Noirlac révéleront des liens inattendus, identifieront des divergences et points de rencontre, et offriront ainsi des mises en perspectives temporelles, géographiques et esthétiques. Artiste associé : Philippe Nahon
Les Futurs de l’écrit
Cette opération associe de nombreux partenaires culturels, éducatifs et sociaux du département et de la région dans une volonté partagée de mettre au travail ensemble artistes professionnels et population dans le cadre de « chantiers artistiques » transdisciplinaires. Questionnant la place des artistes aujourd’hui et leur rapport aux populations, la nature des supports des œuvres elles-mêmes en constante évolution, les outils de médiation et d’éducation artistique, cette action interroge l’avenir des écritures artistiques. Artiste associé en 2009 : François Bon
Les Installations et Expositions
Chaque année, pendant l’été, inviter un artiste majeur à habiter les espaces de l’abbaye pour y présenter son travail. Par ailleurs, utiliser différents espaces (chambres des moines, cellier…) pour présenter des artistes tout au long de l’année. Commissariat associé : Dominique Truco
Les Week-ends à Noirlac
Plusieurs fois par an, l’abbaye invite des artistes à présenter leur travail pendant tout un week-end dans une logique de « permanence » ; installations, courts spectacles « en boucle », performances invitent le public à venir prendre du temps à l’abbaye, à découvrir le plaisir d’y rester sans contrainte horaire particulière.
Les Matinales
Le dimanche matin, deux heures pour déguster un petit-déjeuner, écouter une conférence (45’) sur un aspect de l’abbaye, et assister à un moment artistique inédit (45’) : concert, lecture, théâtre, performance…
Les Chantiers ouverts au public
A l’issue d’un séjour de résidence d’une équipe artistique, une façon simple de restituer le travail en cours ; associer le public au processus de création et renouveler ainsi ses rapports aux artistes.
2 - Une réalisation majeure : l’environnement paysager de Noirlac
Artiste associé : Gilles Clément
L’abbaye de Noirlac s’inscrit dans un paysage totalement préservé des effets de l’urbanisation et de l’industrialisation au sein d’un bocage exceptionnel classé Natura 2000.
On connaît l’importance du jardin dans l’organisation cistercienne ; presque plus rien ne témoigne aujourd’hui de cette réalité à Noirlac. La création de jardins sera un vecteur essentiel du développement artistique, culturel et touristique du site.
Il convient de donner une triple dimension à notre réflexion :
- Le rapport au monument : quelle liaison logique entre l’abbaye et son environnement naturel, entre l’ordre architectural et le (dés)ordre paysager, entre le minéral et le végétal ?
- Le rapport à la population : comment impliquer les habitants dans l’élaboration de ce jardin, associer des populations en difficulté à sa construction, comment enfin habiter ces espaces en les partageant avec le plus grand nombre ?
- Le rapport à la création artistique : comment créer les conditions d’une rencontre stimulante entre paysagistes et artistes et donner naissance à des projets inédits?
Sauvegarder et valoriser un environnement naturel en favorisant un dialogue avec le monument, initier des plateformes de recherche, d’innovation et d’expérimentation en croisant arts visuels et paysage, enfin associer les populations à ce processus : autant de démarches qui s’inscrivent dans la philosophie générale du projet.
3 - Un axe de recherche et d’expérimentation : Le son et création sonore
L’abbaye de Noirlac et ses espaces offrent une polychromie sonore d’une telle richesse que le son et la musique s’imposent comme les axes forts du projet artistique.
Les avancées technologiques récentes ont remis au premier plan la création sonore, incitant une jeune génération de compositeurs, de plasticiens, de metteurs en scène ou de chorégraphes à s’engager résolument dans l’exploration de chemins où se mêlent la lutherie traditionnelle, la voix et toutes sortes de recherches technologiques, plastiques et visuelles.
Enfin, les enjeux sociétaux liés aux questions d’environnement sonore nous encouragent à associer aux artistes des chercheurs venus d’horizons divers : scientifiques, sociologues, anthropologues etc.
Dans ce contexte, la musique occupera une place particulière : le projet musical tout entier sera construit sur l’idée de dialogue et de rencontre entre les époques, les genres, les esthétiques et les disciplines artistiques. A l’heure où les lignes artistiques bougent, l’action des artistes, qui multiplient les croisements, favorise le goût grandissant du public pour des formes inédites nées de ces rencontres.
- Création sonore et architecture – artiste associé, Michel Risse (compagnie Décor sonore)
L’architecture et la création sonore entretiennent des rapports étroits. C’est bien l’architecture, en tant qu’espace, qui inspire, transforme les sons et leur donne une épaisseur particulière.
Aujourd’hui, c’est une architecture de silence qui s’offre à nous à Noirlac.
Comment traiter ce silence, comment l’habiter, comment faire « entendre » l’architecture par des créations sonores ou musicales inouïes ?
- Jazz et musique ancienne – artiste associé : Michel Godard
Des processus d’écriture aux rapports à l’instrument et à la voix, du phrasé à la pratique de l’improvisation, bien des points communs réunissent musiciens baroques et musiciens de jazz.
L’objectif est de réunir ces deux mondes, renouer le fil d’une tradition orale et savante et inventer des formes musicales inédites, fruits de ces rencontres.
- Anthropologie sonore de la Région Centre - chercheur associé : Michel de Lannoy, ethnomusicologue - directeur du département musique et musicologie de l’Université François Rabelais de Tours
Il s’agit là d’aborder une question plus sociétale que directement artistique. La question de « l’écologie sonore » est encore dans les limbes, elle devrait être au cœur de nos préoccupations dans les prochaines années. La simple prise de conscience de l’existence d’un environnement sonore est récente, tout comme la réflexion sur le bruit et les souffrances et pathologies qui en découlent.
L’objectif général ici est de faciliter la prise en compte de cet environnement sonore et de ses enjeux par les citoyens, les collectivités, les responsables de l’aménagement du territoire et la communauté artistique.
Il s’agira de réaliser scientifiquement un inventaire des principaux constituants sonores qui « font territoire » dans la région.
- Les nouvelles lutheries : du matériau de récupération aux technologies les plus avancées – artiste associé Frederic Le Junter
Depuis quelques années une jeune génération de « chercheurs sonores » a émergé dans le paysage artistique. Inventeurs, fabricants, plasticiens, musiciens avant tout, ils conjuguent avec bonheur le recyclage d’objets du quotidien avec différentes techniques artisanales, utilisent des procédés acoustiques ou électroniques. Qu’ils construisent des instruments préparés ou réinventés, des machines musicales, des sculptures ou des installations sonores, ils redonnent une nouvelle jeunesse au concept d’objet sonore.
- Ensemble vocal et création électroacoustique – artiste associé : Laurence Equilbey et le réseau européen Tenso
Beaucoup de jeunes compositeurs utilisent avec bonheur des procédés électroacoustiques dans leurs compositions instrumentales ou vocales. Quelle relation entre ensemble vocal et électroacoustique, entre écriture vocale et nouvelles technologies et comment favoriser ces rencontres ?
L’architecture de Noirlac a pris à l’art roman son dépouillement et à l’art gothique sa lumière ; désert et hospitalité…
Offrir cette architecture de silence et de lumière à ceux qui rêvent et pensent le monde aujourd’hui et en faire le creuset de la rencontre et du partage avec le plus grand nombre, tel est notre objectif.