• Résidence de Karin Serres

    De décembre 2024 à juin 2025, Noirlac accueille Karin Serres en résidence d'écriture pour un projet de récit imaginaire mêlant réalité et fiction autour de la route de la porcelaine qui traverse le Cher. Durant six mois, l'autrice, metteuse en scène, décoratrice et traductrice de théâtre partagera son temps entre création et rencontres avec les habitants du territoire. Un projet de création soutenu par Ciclic Centre-Val de Loire.


    Présentation du projet La Route de Porcelaine

    La Route de Porcelaine a germé en 2022, au cours d'un précédent projet mené avec Noirlac qui consistait en l'écriture d'une légende sur les réfugiés espagnols accueillis en 1939, par le biais d'une enquête et d'un récit radiophonique réalisés avec des élèves du collège Axel-Kahn (Châteaumeillant).

    Prenant connaissance à ce moment du riche passé de porcelainerie de l'abbaye, Karin Serres découvre une photographie emblématique de la salle capitulaire témoignant de cette époque, réalisée par Jean-Eugène Durand (photographe aux Monuments historiques) en 1889 :



    Cette photographie a particulièrement suscité la curiosité de l'autrice, qui confie avoir entendu le son de cette image nous montrant une table recouverte de porcelaines. L'écriture dite sensorielle (plaçant les sens au cœur du processus de création) est en effet une des caractéristiques de sa méthode de travail - bien que l'ouïe y occupe une place prépondérante.

    C'est enfin l'envie de construire un récit basé sur cette histoire et sur des éléments fictifs, mêlée à l'appétence de l'autrice pour les projets organisés sur un temps long qui ont conduit à l'élaboration de cette passionnante résidence d'écriture, de décembre 2024 à juin 2025. 

    Munie de son carnet de voyage retraçant tous ses périples, Karin Serres propose de nous emmener avec elle dans une aventure jalonnée de foisonnantes rencontres artistiques et humaines !

    Ce projet est aussi l’occasion pour les habitants du territoire de (re)découvrir l’histoire de l’abbaye, le bâtiment, mais aussi de rencontrer l’autrice autour de projets qui questionnent l’univers des sons et de la porcelainerie. Ces rendez-vous viendront enrichir la saison de Noirlac et seront au cœur des questions de transmission de l’histoire du monument par le récit.

    Une performance mêlant texte et musique sera découvrir à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, les 20 et 21 septembre prochains !



    Carnet de bord du projet

    Suivez les grandes étapes de la résidence de Karin Serres

    Ma semaine 1 à Noirlac - décembre 2024

    Mardi 10 décembre 2024

    Partie à 7h dans la nuit noire, puis d’Austerlitz en travaux, je retrouve Fabienne (directrice des relations extérieures de Noirlac) à Bourges, pour commencer ce projet d’écriture né d’une photo en noir et blanc découverte à l’abbaye de Noirlac, il y a 2 ans, représentant des tables couvertes de vaisselle blanche, que j’ai entendue en la regardant. Cherchant des infos en ligne sur cette période manufacture de porcelaine de l’abbaye, je suis tombée sur la touristique “Route de la porcelaine” que j’ai lue de travers : la route DE porcelaine, qui a aussitôt déroulé une route blanche et sonore dans ma tête. J’en ai fait mon projet d’écriture de fiction mais j’ignore tout de la porcelaine : soutenue par l’abbaye-CCR et Ciclic, j’ai 6 mois pour l’explorer.

    Aux ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DU CHER, Xavier Truffaut et Solveig Bourocher, archivistes, et Pascal Poulle, archéologue de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), qui a réalisé plusieurs fouilles à Noirlac, m’expliquent 4 photos des Monuments Nationaux dont la mienne, les statuts de la société en 1888 et 2 liasses de lettres entre le préfet, le sous-préfet…etc de l’époque qui parlent technique et ouvriers grévistes. Leurs pistes suggérées : l’entreprise historique Pillivuyt et le Pôle de la porcelaine de Mehun-sur-Yèvre et son directeur Philippe Bon. Solveig propose son aide au déchiffrage des écritures manuscrites anciennes, Pascal m’offre son livre sur les fouilles à Noirlac, on s’échange nos adresses mail.

    BRASSERIE DU LAC : Pendant le déjeuner avec Fabienne, on réfléchit au sens du travail artistique en lien avec l’ensemble de la société, à son essence de service public, de convivialité, comme cette résidence.

    Près des Archives départementales, rendez-vous à la MÉDIATHEQUE DÉPARTEMENTALE DU CHER. Je rencontre toute l’équipe dirigée par Florence Aubra, avec qui j’ai travaillé il y a des années à Villeneuve sur Lot. On réfléchit ensemble aux actions possibles avec le réseau Lecture Publique 18, pour que les bibliothèques redeviennent des lieux de vie. Autre point de rencontre : leur fonds théâtre contemporain et sa mise en valeur. La Compagnie Léla travaille avec elle et avec l’abbaye, je la connais depuis mes 2 ans au Nest-CDN de Thionville. Et puis la parution de mon roman Rose immobile en mars 25. On se reverra en janvier.

    Soirée, nuit et matin à la MAISON BLEUE : ce nom dans les mails m’avait intriguée, je découvre et j’adore cette maison où l’Abbaye loge ses artistes et sa vue magnifique sur le Cher-bayou d’hiver. Mystère de l’absence de porte pour descendre dans le jardin résolu – cachée derrière un rideau, je marche jusqu’à l’eau dans l’herbe spongieuse. Je dîne et petit-déjeune face à la vue. Le courant est fort, de la gauche (Noirlac) vers la droite (vers la Loire, mon enfance aux « porcelaines » ramassées dans les vignes). La route de porcelaine est peut-être là, couverte par les eaux du Cher ? J’entends toute une flottille de vaisselle fragile qui passe en cliquetant, entraîné par le courant : les bateaux miniatures de quelles créatures ? Je repense à l’expression bras mort qui déborde, le long de l’Abbaye. Aux vallées froides traversées en voiture >>chercher une carte des cours d’eau locaux, d’aujourd’hui et d’hier. J’ai hâte d’écrire là, les prochaines fois.


    Mercredi 11 décembre 2024

    A L’ABBAYE, STUDIO 4 : après un point calendrier avec Amandine (attachée au développement des publics et au territoire) et café avec Florence (chargée de l'entretien), visite des studios & réflexion pour nos oreilles avec Jean-Christophe (compositeur associé aux ateliers de création sonore). Notre connivence artistique depuis la Pointe du Raz en 2022 ouvre plusieurs perspectives : expérimentation partagée studio 4, réflexion sur le rapport son/espace via visite sonore de l’Abbaye en janvier (fermée au public), visite partagée de Pillivuyt et Avignon Ceramic en janvier. Chez les cisterciens, le premier sens, c’est l’ouïe et moi, j’écris avec mes oreilles ! Beauté des lutrins du studio 4, des logiciels de son et passionnant nouveau champ de réflexion : la diffusion sonore de mon écriture et son rapport à l’espace, pour le public.

    Après-midi au CENTRE DE LA PRESSE, à Maisonnais et à Châtelet, avec Amandine et Jean-Christophe. Pascal Roblin nous fait la visite de l’exposition puis nous emmène dans leur Iceberg-palace, centre de stockage de 2 millions de journaux ! Ancienne maison de retraite, chaque chambre au papier peint fleuri différent est remplie d’étagères remplies de montagnes de journaux classés. Beauté du papier doré par le temps, du nombre de journaux qui racontent le passage du temps, journaux rares, diversité des centres d’intérêts de la presse, absurde des lieux (même les toilettes de chaque chambre servent de stockage), températures glacées (pas de chauffage et volets baissés pour une meilleure conservation) : un espace étonnant, rempli de milliards d’histoires.

    L’enthousiasme de Pascal, rejoint par sa femme Marie-Noëlle dans leur seul bureau chauffé, est communicatif. On grignote des biscuits maison en parlant d’écriture, de ce projet et des points de rencontre qu’on pourrait avoir. Il propose de m’aider dans ma recherche, en commençant par Gallica, quand je lui enverrai ma liste de mots- et dates-clé. Ce que je pourrais leur donner en échange : ma participation à leur festival Presstival 2025, sur une thématique liée à mon projet : le rapport entre le réel et la fiction, par exemple, à la fois mon moteur de travail et un matériau riche dans la presse (de la blague / canular à la fake news). A suivre.

    A cause de la grève SNCF du 12 décembre, je repars le soir-même, pleine de questions, d’échos entre tous ces univers et de mots qui font déjà des étincelles comme gazette (c’est aussi un moule pour la porcelaine), palimpseste (écho au multipiste sonore), bocage, cistercien, maison bleue, bayou, l’ailleurs, ouvrier, grève, Orval-libre ville, canal de Berry, bras mort, déconfiture…

    En janvier, les pièces manquantes que je veux explorer : les 2 usines de porcelainerie encore en activité, Pillivuyt et Avignon Ceramic, la visite de l’Abbaye sous l’angle de l’époque porcelainerie avec Carolle (médiatrice patrimoine) (reportée cause grève), le Pôle de la porcelaine de Mehun et Philippe Bon… Il me semble que j’aurai alors assez de sources où plonger les racines de ma fiction. A voir ensuite qui nous retrouverons, quand, pour quoi faire, à quelle fréquence. Et les nouvelles pistes, idées et envies qui pourraient naître.


    Ma semaine 2 à Noirlac - février 2025

    Mardi 4 février 2025

    VOYAGE : Après 45’ de retard dans un froid de loup gare d’Austerlitz, l’Intercités puis le TER traversent le pays flou. J’écris : les jours de brume, si on tend l’oreille, on peut entendre le crépitement des routes de porcelaine. Jean-Christophe m’attend à Bourges, Amandine devant l’usine.

    AVIGNON CERAMIC : Sous les étagères chargées de porcelaine de la salle de réunion, on rencontre Carole Blazik la directrice puis Denis Lionnet, chef d’équipe mouleur. Je leur raconte ma route de porcelaine imaginaires née de la photo, le rapport entre le réel et mes fictions et le carton à chaussures de mon trésor d’enfance, ramassé dans les vignes nantaises. Denis nous emmène visiter l’usine (pas de photos) : sacs de matériaux, odeurs minérales, sons cristallins, dégourdi cuit à 980°, chaleur de la salle des fours, flammes horizontales et souffle du gaz de celui pour la porcelaine, pénombre douce des salles de finition, contrôle du bleu, regards précis de ces hommes et de ces femmes, leurs mains habiles, sensibles dit Denis qui parle de matière vivante : c’est à l’homme de s’adapter à la matière. Il insiste pour que je monte dans le four à porcelaine, j’ai lu Hansel et Gretel, mais ok : nos têtes touchent le plafond, sa joie est communicative. Au contrôle 3D, on rencontre Elisabeth qui travaillait avec lui avant la mutation d’activité : les 2 derniers des Mohicans, il dit. La qualité, on la testait au son : une porcelaine non fissurée sonne comme une cloche. En fin de visite, il nous offre une poignée de tiges défectueuses qui résonnent (la caisse crépitante qu’il écrase en riant pour gagner de la place). Notre produit ne vole pas, il est détruit pour obtenir le trou, on vend du trou, dit Carole Blazik qui multiplie les images frappantes. La nuit tombe sur notre deuxième discussion avec elle qui nous offre un dé en porcelaine et parle musique avec Jean-Christophe.

    Retour avec Amandine sur la route floue, dans la nuit qui bave. Cette fois, je loge dans la MAISON CARREE. Les pièces chauffées résonnent, je lis le livre sur la porcelaine dans le Berry en mangeant des pâtes à l’œuf, un torchon sur les genoux. Quelque chose bipe régulièrement - je ne sais pas quoi. Où est le Cher ? Pourquoi s’appelle-t-il comme ça ?



    Mercredi 5 février 2025

    MAISON CARREE : Au réveil, Amandine m’envoie les 3 photos de nous dans le four d’Hansel et Gretel. Je repense à la transformation de la matière, au bis-cuit qui peut n’être cuit qu’une fois, à la première cuisson en dégourdi : tout le vocabulaire d’hier me revient.

    Je sors marcher le long de la route en attendant Jean-Christophe : les mousses étincelantes de givre, l’herbe gelée qui craque, les tables de picnic gelées tachées comme des peaux de daims, comme une nuit pâle. Et on roule vers la ligne rouge de l’horizon.

    ABBAYE DE NOIRLAC : Premier tour des jardins, tôt le matin. Le givre : un lien avec la porcelaine ? Au loin, l’orange du soleil levant. C’est bête, j’ai laissé mes gants à la maison. Jean-Christophe me passe son passe pour boire un café dans la MAISON DE CONVIVIALITE et travailler dans le STUDIO 3, chauffé. Florence m’appelle - puis me reconnaît. On parle maison carrée, je lui raconte la visite d’hier, je lui montre nous dans le four. Je croise Jonathan (responsable des jardins) dont je viens de travailler avec le cousin de la compagne, à Marseille. Dans le cloître, d’énormes buissons de romarin en fleurs et de sauge, gelés. Je photographie la végétation givrée. Des oiseaux invisibles chantent. Des mésanges, en ce moment, me dit Delphine, quand elle vient me délivrer de la salle de convivialité où je suis enfermée : malgré l’écriteau Pas de panique avec une flèche, impossible de rouvrir la porte après mon café. La flèche indique la porte dans la cuisine, elle m’explique. Haha ! Pas grave, je suis bien, là, à travailler sous le papyrus, ses feuilles vertes ouvertes comme des mains, et je dévore 2 siècles de porcelaine en Berry prêté par Denis jusqu’au déjeuner que Jean-Christophe m’emmène acheter à Pâtapain – avec ma carte de fidélité. Grand feu, petit feu, les blancs, les croûtes, pâte sur pâte, le mot kaolin, la folie de l’or blanc…>>Et les peintres itinérants : sur la route, eux aussi ?!

    A 14:00, super VISITE HISTORIQUE DE L’ABBAYE menée par Carolle, sous l’angle porcelainerie à Noirlac. On cherche les traces dans l’abbatiale et dehors, on visualise les bâtiments et les portes fantômes et on compare le réel avec les photos qu’elle a apportées : un vrai voyage dans le temps ! La flamme sale de la cuisson à la houille, les gazettes et les pernettes, les montagnes de bois de cuisson avant, la période orphelinat-porcelainerie dont personne ne nous a parlé avant, l’enfeu – quel mot ! - qui contient l’abbé Robert, enfin ce qu’il en reste. Où vivaient les orphelins-ouvriers ? combien étaient-ils ? et leur cuisine ? On traverse aussi les chambres des moines où je voudrais écrire. Dans le bureau des guides, quelques belles pièces de porcelaine retrouvées.

    GRENIER : on explore le grenier où Jean-Christophe se rappelle un magnifique entassement de meubles. On passe chercher les clés dans le bureau de Maxence qui nous indique où, dans les méandres du Bras Mort, on peut toujours trouver plein de cassants de porcelaines. Le grenier est vide – déblayé pour les travaux électriques, trop dommage, mais beau comme une coque de bateau retourné. Un tabouret des années 70 le garde : à qui ? Sous les toits de l’abbatiale, le dessus des voûtes ressemble à des cocons ou des terriers géants : de quelle bête inconnue ? On serait des chasseurs et chasseuses de porcelaine.

    ENREGISTREMENTS : on finit la journée avec Jean-Christophe par des centaines d’essais sonores de lâchers de tiges en céramiques (les rebuts donnés par Denis Lionnet) qu’on enregistre, accroupis au-dessus du dallage, le plus immobile possible pour ne pas faire bruisser nos anoraks. Jean-Christophe a un sens des évocations sonores plus fin que moi, qui entends des clés dès qu’on lâche beaucoup de tiges ensemble. Les voitures passent – on attend que le silence revienne, les tiges pleuvent et roulent et se brisent, on enregistre et la nuit tombe sur nous. Idée : acheter de la vaisselle à Emmaüs pour tester d’autres sons, fabriquer des instruments de porcelaine, travailler des sons de glace qui craque et qui résonne…

    On dîne à LA PLACE, sur la place, à Saint-Amand. On parle diffusion sonore de mon futur texte, art, politique et citoyenneté… Ce monde de porcelaine infiniment riche dans mes oreilles : la sensation de commencer à l’explorer à peine.

    MAISON CARREE, j’écris : Les routes de porcelaine, c’est une histoire qu’on se murmure au creux de l’oreille, pour ne pas risquer de la fêler. Qu’on se passe de l’un.e à l’autre, délicatement, de peur qu’elle se casse. Pourtant elle se transmet depuis si longtemps qu’elle est solide. Peut-être est-ce de nous la raconter qui la solidifie de plus en plus, comme des cuissons successives ?


    Jeudi 6 février 2025

    MAISON CARREE : Je bois mon premier thé au lit en écoutant l’eau dans les radiateurs, les mésanges dans l’arbre du voisin et les voitures sur la route. J’écris : avant le développement de la porcelaine en France, bien avant sa découverte en Chine, la route de porcelaine est née ici, dans le Berry, un matin d’hiver. Elle est vivante. Elle a lancé mille ramifications. Il faut l’écouter approcher, ne plus bouger, faire silence et vite, sauter dessus quand elle passe… Amandine vient me chercher en voiture. Le long de la route : les renards des pylônes à haute tension nous sourient, les vallées froides, les lacs…

    MEDIATHEQUE DEPARTEMENTALE, à Bourges : On se gare devant les archives. Nouvelle discussion avec Florence et Isabelle de la médiathèque et Allison, de l’action culturelle. Mes listes d’enthousiasmes de lecture leur plaisent, comme la formation et le partage d’expérience de lecture de théâtre avec bibliothécaires, enseignant.es et compagnies. Liée à la parution de Rose immobile le 7 mars : une super idée de relais de lecture à voix haute.

    BRASSERIE DU LAC : On déjeune au bord du lac argenté, dans la même brasserie que la première semaine, remplie d’habitué.es. Même plat végé, les légumes ont changé. Jonathan Champion fait de l’aquarelle en plus de s’occuper du jardin de l’abbaye, il peint des fleurs surtout : voir les cartes postales en vente à l’abbaye. Un écho à ma série de photos de végétaux givrés ?

    Au POLE DE LA PORCELAINE à Mehun sur Yèvre, on est accueillies par Philippe Bon, historien aussi passionné que passionnant, dont tout le monde nous a parlé, ou presque. Quand il raconte, le présent disparaît : il habite et partage un autre espace-temps mental plus vaste et interconnecté. Le Pôle est en travaux mais il prend le temps de nous offrir une visite détaillée et fascinante. On finit par sa pièce préférée : un vase décoré d’ours blancs, qui me fait penser à ma pièce Louise/les ours. Grand ami de Pastoureau, on échange sur les ours. Avant de partir, il m’imprime un article sur Monganaste. L’évocation du grenier d’Avignon Ceramic le fait rêver : Ils doivent avoir tous les moules de Bloch ! C’est un homme aussi savant que généreux, un raconteur formidable et un contact précieux, pour ma recherche.

    VOYAGE : Je reprends le train à Bourges et son dé géant, pleine de sensations et de bribes de fiction qui mijotent et se tricotent pendant que le paysage défile, et la nuit tombe sur leurs reflets.

    Les jours suivants, un mail de Denis Lionnet qui répond à mes questions, puis de Philippe Bon, qui m’envoie un article inédit sur les mouvements pendulaires des ouvriers entre les manufactures, et je discute au téléphone avec Pascal Roblin et Valentin Chaput, développeur culturel au Centre de la presse, pour une nouvelle liste de recherches, et des contacts.


    Ma semaine 3 à Noirlac - avril 2025

    Mardi 15 avril 2025

    VOYAGE : Je me lève avec les merles dans la nuit noire : 2 trains jusqu’à Bourges où la petite voiture bleue d’Amandine m’attend, avec Jean-Christophe et Victor (stagiaire communication et action culturelle) : direction Mehun S/Yèvre. Dans mon sac, 5 assiettes en porcelaine et 2 tasses pour notre porcelainarium, et mes deux petits monstres-mascottes de Chateauminus.

    Fléchée dans la ville, la MANUFACTURE PILLIVUYT se trouve… rue de la Manufacture. Eric Dubois qui nous fait “la visite VIP” est passionné, on y passe généreusement toute la matinée. Mise en appétit par les récits de Denis Lionnet à Avignon Ceramic, c’est génial voir une manufacture de porcelaine en marche : tous les ateliers, les métiers, les sensations, les étapes – plus jamais je ne regarderai une tasse à café pareil, maintenant que j’ai vu les tiroirs d’anses posées à la main, ou le carrousel de coulage (grand creux, petit creux) – démo exprès pour nous — et tous ces gestes précis, ces savoir-faire, et ce rapport très fort à une matière que chacun.e décrit comme vivante (le test de la langue sur le dégourdi : matière chips crevette). Dans l’atelier de fabrication calme et clair où travaille Dominique, patiente et précise couteau-suisse, la théière-tournesol d’un stagiaire du BTS à Vierzon : nouvelle piste à creuser pour un point de vue, jeune et débutant, sur cette matière et ces professions ? Même si les jeunes n’ont plus envie de se salir les mains (ED). Les rideaux de lattes plastique usées ressemblent à des sas spatio-temporels à franchir, le four bleu à dégourdi, à un visage, les débris de cuisson, à des plumes, la chocolatière à un petit animal pâle… A fleur d’eau, le gypse qu’on fritte, les croûtes, la ball clay (argile anglaise), le broyeur alsing avec des galets maritimes, le diction chinois : c’est le grand-père qui fait la pâte que le petit fils cuit, la porcelaine : une pâte qui a de la mémoire, la garnisseuse (humaine), la papouilleuse (machine), les fours couchés chinois, l’estampille, le brise-copeaux… Hypothèse de revenir en mai ou juin, visiter le grenier. Départs à la retraite ayant peut-être généré des articles dans la presse ? Eric Dubois nous mettra en contact avec Lisette Ayala, qui travaille à la comm chez Pillivuyt. Sa passion à lui, c’est les essais chimico-techniques, comme la macro-cristallisation. Dans la voiture, on se re-raconte notre émerveillement et on rêve de revenir récupérer des invendus pour nos enregistrements. Sur la route de Bourges (il pleut des seaux) : la zone industrielle Le détour du pavé. En repensant à la concurrence porcelainière Berry/Limoges, je me demande si le verbe limoger en vient.

    On déjeune avec Lola Molina, de la COMPAGNIE LELA qui mène un projet pour Bourges 2028 avec l’Abbaye de Noirlac-CCR. Outre notre maison d’édition commune (Editions Théâtrales) et une visio au NEST, on s’est rencontrées il y a 20 ans, elle me dit, quand Lola était stagiaire au Théâtre de l’est parisien, mon premier théâtre associé, où je développais des projets multilingues comme eux, maintenant. >>Le Cher, centre du monde spatio-temporel ;-) La Compagnie serait intéressée par ma participation au Théâtre de poche Européen (2026 ou 2027), côté jeunesse, pour un enregistrement sonore (1 semaine de résidence répétitions/création). De retour à mon ordinateur, je leur envoie une vingtaine de textes pour enfants et ados. Et j’écris un mail à Florence Audra, de la Médiathèque Départementale, pour lui dire qu’on est dispo pour un conseil sur les textes contemporains et une formation des bibliothécaires à la lecture à voix haute.

    Retour à L’ABBAYE pour parler avec Jonathan. Il a commencé l’aquarelle en amateur, passion qu’il développe en parallèle de son travail de jardinier à plein temps. Il en tire régulièrement des séries de cartes postales, dont certaines vendues à l’abbaye (oh le cétoine !). Je lui raconte la grande inspiration végétale des décors sur porcelaine (je lui enverrai quelques photos du Pôle Porcelaine, le soir). Ses dessins sont aussi exposés à la Librairie de Saint Amand. Il se passionne pour l’encadrement, me montre des photos de cadres, passe-partouts et Marie Louise : écho à ce mot découvert dans mes recherches : le marli (le bord des assiettes).

    MAISON CARREE : Amandine me ramène, j’ai la tête pleine à en éclater de sensations et de questions. Je m’installe sur la grande table, je repasse la journée dans ma tête, cette visite si sensorielle et en dînant, je cherche des infos sur la macro-cristallisation, sur Pillivuyt, sur l’origine de Noirlac : l’histoire du duc de Charenton (ou de son enfant ?) mort noyé


    Mercredi 16 avril 2025

    MAISON CARREE : Réveil plusieurs fois dans la nuit : les voitures — puis à 6:00, les oiseaux — puis à 7:30, les oiseaux et les voitures. Sortir dans le vent froid, observer les montagnes minuscules de la mousse sur les bancs, écouter les dizaines d’oiseaux partout alentour, mes baskets trempées par la rosée.

    A L’ABBAYE, réunion avec Amandine pour faire le point sur les différents partenariats engagés ou à développer. Je lui raconte le glissement entre l’histoire de la porcelaine – mon point de départ – et la matière porcelaine, maintenant, ses hommes et ses femmes, qui me permettent de retourner dans l’histoire, mais sous l’angle de la relation humain.e/matière, qui me parle plus, et je lui montre l’œuvre fantastique de tous les artistes-céramique que je suis sur les réseaux, maintenant. Difficile d’associer les Archives départementales ou le Centre de la presse à mes recherches trop en zigzag. A creuser aussi : l’association Merlusine, les potiers aux Archers…

    Plus d’une heure à LA TISANERIE à discuter avec Anne-Lise Dupays, de L’ECHO DU BERRY, curieuse et intéressée. Elle prend beaucoup de notes, feuillette mes carnets avec curiosité, photos dans le cloître, elle espère pouvoir revenir pour la restitution pendant les journées du Patrimoine.

    12:45 : trahissant Patapain et ma carte de fidélité orange, on s’achète à manger chez Cosyns avec Jean-Christophe : délicieux pâté de pommes de terre.

    14:00 : Jonathan m’invite de me joindre à la visite des jardins qu’il organise pour Olivia. Je découvre les zones de couleur, la philosophie de Gilles Clément, que Jonathan ajuste au territoire, j’achète son livre à la boutique. Le jardin en mouvement, c’est un peu le judo des plantes : accompagner leur énergie. La notion d’essai aussi : dans un jardin vivant, tu tentes. La tisanerie est jaune. Qu’est-ce qui est comestible ? Les arbres à faisan : petites baies au goût de caramel. Les bassins s’inscrivent dans la perspective vers le porche. Je raconte ma fascination pour eux, cet hiver, gelés. Quand il y a de l’eau, il y a de la vie : grenouilles, œufs de poisson transportés par les oiseaux. Fleurs des elfes, arbres savonniers : leurs fruits comme des amours en cage, leurs fleurs en panicule, leurs graines noires dont on faisait des chapelets (j’en remplis mes poches) et le jasmin d’hiver à fleurs jaunes. Dans la prairie, autour de la Liaison douce vers le lac, Jonathan trace les chemins à la tondeuse, dont un cul-de-sac pour Delphine, pour pas que les enfants s’éparpillent dans leur chasse aux papillons. Cet été, fouilles prévues sous le pré des moutons. Sur le parvis végétal : les miscanthus (taillées, qui vont pousser très vite), grandes graminées qui font des plumeaux en août (j’adore) et la ronce tricolore ornementale, argentée en-dessous. Toutes les plantes vivaces meurent et reprennent à zéro au printemps > la route de porcelaine est-elle vivace ? L’avant cour est rose : arbres de Judée qui fleurissent avant les feuilles, liriop au pied des arbres à faisans, prunus/cerisier, buissons blancs contre le mur qui sentent très bon (>les odeurs blanches de la route de porcelaine ?), lilas des Indes, lagestremia multicolore. Le massif des roses changeantes, multicolores et pop, fleurit en juin, les mini tulipes Little princess, les rosiers chinensis mutabilis : les fleurs changent couleur, chaque fleur est différente, grands églantiers, rosiers sauvages, Jonathan a ajouté des pivoines. Le cloître est bleu : les massifs de fleurs bleues en forme de nuages. Le ciel était le seul lien des moines avec le reste du monde. Graminées, luzule, sauge, romarin, hysope, myosotis du caucase, brunera, pulmonaire… Et j’abrège, sans pouvoir voir le blanc du massif oriental côté façade 18eme. Ce jardin est un vrai lien avec le présent et le futur, dit Jonathan.

    Avec Jean-Christophe, on part à la pêche à la porcelaine qui sonne, à L’EMMAUS DE SAINT AMAND-MONTROND. On écoute toute la vaisselle, en la montant à nos oreilles. Quel rapport entre un beau son et le doré ? La finesse de la porcelaine, peut-être. Dedans, on trouve un panier de 6 mugs qui sonnent comme des cloches, une saucière magnifique, beaucoup d’assiettes empilées : certaines séries font toutes la même note, d’autres jouent une gamme. Dehors, sur les tables pleines d’eau de pluie, encore de la vaisselle à faire tinter. Un vendeur assis sur un pliant tombe à la renverse, une femme crie, Jean-Christophe court le relever. On marche les bras pleins d’assiettes et tasses cliquetantes vers la caisse. Pas assez de tasses à suspendre facilement, et les pots ou les pichets ne résonnent pas. Jean-Christophe va essayer de percer finement les assiettes, une au centre, peut-être, comme un numéro de cirque chinois. A force de nous voir cling-clinguer de nos index recourbés, une dame nous demande ce qu’on fait : on lui répond la vérité mais dans la voiture retour, on imagine de meilleures explications : plus la tasse résonne, meilleur sera le thé, ou : on cherche le la dièse, la note bleue pour le thé oolong bleu, la note verte pour le thé vert… Dans l’étagère-vitrine de sculptures moches, une statuette de chinois bleu et blanche avec deux seaux, qui sonne bien elle aussi : c’est le moine kaolin ?, je dis, et on le prend. Les vendeurs nous font des prix, trouvent des cartons, on repart avec le début de notre porcelainarium, ravi.es.

    Retour à LA MAISON CARREE. La nuit tombe sur le Cher, derrière les arbres. Une polaire sur les épaules, je dîne de pain grillé, beurre salé et quartiers de pomme et je téléphone à la lumière des lampadaires qui monte sur les murs violets. J’attends la naissance de ma première petite-fille, prévue la semaine dernière. Il se met à pleuvoir en chuchotant dehors. Les voisins ferment leurs volets, je monte me coucher dans la nuit glacée.


    Jeudi 17 avril 2025

    MAISON CARREE : Réveil aux oiseaux. Ça gazouille, ça chante, ça siffle (>>cuit cuit comme la porcelaine aux 2 cuissons ?). Toujours pas de naissance - l’attente. Que se disent tous ces oiseaux dehors, dans l’aube grise ? La lumière des voisins est allumée, volet rouvert, leur maison est une pendule vivante. Je lève le mien sur tous ces chants ce monde auquel je n’appartiens pas — mais donc si, quand je les écoute, reliée.

    On est chaleureusement accueilli.es à AVIGNON CERAMIC par David Boureux (Jean-Christophe, Amandine, Victor et moi), qui nous emmène en gilets vert fluo visiter les 3 greniers accessibles, remplis de moules de moules de coulée en plâtre et d’invendus. Dans le premier, difficile d’accès, sous les combles, un bazar indescriptible de pièces entassées dans la pénombre et d’étonnants moules pour gants : statues de mains géantes. Dans le deuxième traversé par des gaines de ventilation géantes de l’atelier en dessous, des pièces immenses (comme l’éléphant) et toujours cette blancheur silencieuse qui contraste avec la pénombre et fait écho à mon imaginaire de la route de porcelaine. Dans le troisième, lumineux, des pièces plus récentes qu’on se met à faire sonner avec Jean-Christophe : super résonnance de couvercles ou de filtres perforés. Après nous avoir généreusement dit : Ce qui entre dans vos poches, vous l’emportez, David Boureux nous trouve une grande caisse et se prend au jeu de faire tout résonner, lui aussi. En fin de visite, des étagères remplies de cartons de décors-transferts sur feuille, inscriptions phramaceutiques, animaux, végétaux: une mine d’or à revenir explorer en mai ou juin ? Dehors, discussion sur la façon dont l’art et la fiction pourraient permettre de transformer cette histoire technique et humaine en souvenirs partageables et transmission…

    Après-midi son au STUDIO 4 avec Jean-Christophe. Grande vaisselle d’abord de toutes nos trouvailles, séchage sur les tables de la salle de convivialité et réflexion : comment les répertorier, les utiliser ? Les petites pièces, en rideau gling gling, sur 15 rangées ? On manque d’éléments alors. Plus de couvercles aussi ? Poser le tout sur du caoutchouc ? Accroches à travailler. Les “orques” me fascinent : des abat-jour cloches bleu et blancs. 1 rideau de plaques futuristes et 1 rideau d’assiettes, en symétrie ? Il bruine de nouveau. Grand tour dans l’abbaye pour réfléchir aux différents espaces de lecture-restitution possibles (dans l’inconnue de la forme finale que je n’ai pas écrite, encore). Deux zones, deux récits ? Dans le dortoir des convers ? Gradins, écoute super. Chambres des moines : poétique mais moins de place. Ou grande déambulation dans 4 chambres des moines et diffusion ?

    VOYAGE : dans le premier TER, je mange mon œuf dur blanc comme de la porcelaine en longeant le Cher. Mes petits montres me manquent, j’ai fait exprès de les laisser dans notre trésor, et la nuée d’oiseaux blanc brillant dans la pénombre des étagères des greniers de Pillivuyt. Les plaques numérotées du deuxième – à voir, quand je retournerai voir les papiers transferts gondolés ?

    Je réalise le côté profondément humain de cette résidence, de ce projet, grâce à la porcelaine, et donc politique : ce n’est pas nous qui savons, c’est toutes ces personnes qui partagent leur savoir professionnel avec nous. Les oiseaux, LES OISEAUX !!! Emprunter un exemplaire de chaque, déterminer ce que c’est, écouter leur chant, réfléchir avec Delphine à leur rapport au territoire et aux saisons… Je regarde le paysage qui défile. J’écris : pourquoi tu crois que les vaches sont blanches ? en pensant au crémier vache de Pillivuyt. Aux inspirations asiatiques des collections des 2 maisons. >>Des branches de la route de porcelaine se sont déroulées jusqu’à l’autre bout du monde comme un delta, comme des coulées de lait, comme des racines. Je repense au peuple sans tête, sans bras, jambes cassées aussi, du 3ème grenier : une cour des miracles qui résonne. Ecrire un récit de science-fiction d’aujourd’hui, un monde sonore, la résonance comme mode relationnel : délicatesse des relations, harmonie. J’en viens - je les connais - j’en suis une. Connivence avec ce monde et les porcelainièr.es. Je pense : Bourges, Saintes, Lourdes : même combat. Les champs longés dans la lumière dorée sont éblouissants, les lapins blancs des éoliennes tourne-oreilles claquent de blancheur et la mystérieuse route suspendue du train pneumatique autour d’Orléans s’arrête net. J’écris : Les oiseaux blancs. / En papier ? / Non, les oiseaux de porcelaine qui résonnent. / Qui raisonnent : qui réfléchissent ?/ Non, pas phosphorescents, c’est pour les oreilles qu’ils résonnent, comme des cloches. Quand j’arrive Gare d’Austerlitz, je réalise qu’elle aussi fait partie du monde de porcelaine, avec ses piliers futuristes pâles et cannelés.


    Ma semaine 4 à Noirlac - mai 2025

    Lundi 12 mai 2025

    Réveil dans le jour trempé, les escargots rampent déjà, 6 heures : bientôt l’été. Au bout d’une heure d’Intercité à fond les ballons, l’aéro-train surgit, route volante qui enjambe les champs, les routes, les maisons, si longue qu’on y écrit des slogans. D’autres routes se faufilent entre ses piliers. La forêt la broute - toujours elle marche, jusqu’à son arrêt, net. C’est un lent et long train de gens qui dorment, avec des valises sans roulettes, des sacs lourds. Reflets turquoises sur les vitres qui glissent sur le paysage qui ne nous regarde pas passer. Un train bruyant qui nous secoue comme ceux de mon enfance. Une forêt. Des genêts – déjeuner : un chariot passe dans les voitures. Les gens debout vacillent, perdent l’équilibre, se cognent dans les parois à chaque cahot. Vacarme du sas à soufflets quand le chariot-bar passe. J’aide une vieille dame à fermer la lourde porte vrillée des toilettes. Le train ralentit. Noir de tunnel >> elle en traverse aussi, la route de porcelaine ? Si oui, est-ce que sa propre pâleur l’auto-éclaire ? La vieille dame sort en tanguant. Vierzon et son pont de fer multicolore. Deuxième train : TER sans prises.

    MAISON CARREE : Victor vient me chercher à la gare de SAM. On retrouve Florence dans la maison carrée où je change de chambre : Bergen, cette fois, au premier – photos de plage sauvage et grand lit. Faudra me coordonner avec l’autre résidente (compositrice pour l’escalier de Notre Dame). Oh l’odeur des acacias en fleurs !

    ABBAYE DE NOIRLAC : Je lis 2 nouveaux livres trouvés par Amandine dans la salle commune avec un café, en écoutant les moineaux dans la cour. Celui sur Pillivuyt (conseillé par Lisette, de la comm de Pillivuyt) est fantastique, l’autre sur la porcelaine, plus général… et muet sur le Berry. Le philodendron me murmure : escape. Je reparle avec Florence qui garnit les bols d’amandes & gâteaux et m’en offre. A Pillivuyt, tous les pieds de lampe ou presque portent un prénom >> un groupe de pieds de lampe sauteurs, sur la route ? Les noms de collection, c’est plus varié. Photo d’une montagne de déchets de porcelaine à la casse : je l’entends, elle aussi.

    DEJEUNER : tout le monde ensemble >> ce sera un rite aussi, sur la route de porcelaine. Le 20, c’est l’inspection pour le label des jardins remarquables, importante pour l’abbaye.

    APRES-MIDI : Je me replonge dans les 2 livres. Dehors, des maternelles à casquette reviennent de leur sortie nature et s’assoient dans les pâquerettes ou courent en criant.

    Je sors marcher. Le ruisseau est couvert de lentilles d’eau comme une peau >> la porcelaine se pose aussi comme ça sur le monde ? Tour des jardins bientôt remarquablement labellisés, j’espère aussi. Les pivoines sont prêtes à fleurir, les nénuphars commencent, les roses anciennes pleuvent-pleurent leurs pétales-cœurs roses et les haies sont pleines de plaques de minuscules fleurs blanches en étoiles et de cétoines dorées : je scotche la carte postale de Jonathan pleine page. Moineaux dans l’abbatiale, manœuvres aériennes rugissantes d’avions de chasse dans le ciel, quatuor de violoncelles (filmé) dans le cloître (marche arrière pour ne pas entrer dans le champ), écouté par les grands iris bleus et blancs ciel, nuage à tête molle et folle : douceur du soir de printemps. Puis photocopies des 2 livres, dans le bureau d’Amandine.

    INTERMARCHE : Courses avec Jean-Christophe et ma coloc. Le panneau Attention Randonneurs sur 620 mètres : pourquoi cette distance précise, et pourquoi nous méfier des randonneurs ?

    MAISON CARREE : Dîner avec “Nathalie”, ma presque voisine à Vincennes. On parle de la Villa Rohannech, de nage en eau libre, du documentaire The ponds sur la nage en plein Londres. Dans ma chambre Bergen – sans wifi – la température est logique : un froid de loup. J’écoute les oiseaux, les grenouilles, les criquets ?, je photographie un cousin géant sur fond de nuages couchants et je trie mes photos du jour avec deux pulls et ma doudoune >> l’abbaye aussi peut être en porcelaine ? Commentaire sur Insta en réponse à ma publication du jour : les fleurs-étoiles de porcelaine sont du sureau… Chouette, j’aime son sirop. Et “Nathalie” s’appelle Valérie Vivancos. Pourquoi le froid ne me dérange pas TANT que ça ? >> la route gelée, je pense. Mais bon : dormir en chaussettes avec un pull autour du cou - traverser la nuit de loup.


    Mardi 13 mai

    MAISON CARREE : 4:40 : la première voiture que j’entends. 5:40 : ding, mon téléphone est rechargé. 7:00 : réveil aux oiseaux et brume sur le haut des arbres, au-dessus du Cher. 7:23 : le soleil jaunit leur feuillage et les oiseaux continuent de chanter >> la circulation sur la route de porcelaine : son rythme de nuit et de jour sont différents ? La brume au matin à l’aube, au-dessus de la route blanche.

    8:56 : les jambes immédiatement trempées de rosée, je marche dans la jungle de graminées, de l’autre coté de la route. Splendeur de l’acacia, bancs engloutis dans la marée verte fine. Demain, aller voir les deux fontaines ou sculptures à l’entrée de la route qu’on devrait rebaptiser Route de l’équipe de l’abbaye : les voitures de Jean-Christophe, d’Olivia et d’Amandine se suivent.

    ABBAYE DE NOIRLAC : Tri de mes photocopies d’hier, scotchage dans mon cahier, annotations, écriture en écoutant les moineaux-camouflage sur le toit des studios – un minuscule est tombé par terre à côté du paillasson, le bec jaune vif, dans le gravier.

    11:00 : présentation de mon projet d’écriture avec Jean-Christophe, à toute l’équipe qui sort d’une réunion sur les accords d’entreprise. Je raconte, je fais circuler mes carnets, on explique la forme finale de performance lue et jouée qu’on imagine, notre porcelainarium en cours, nos différentes options, tout le monde écoute : beau moment d’échange.

    Pendant le déjeuner collectif, Delphine me donne son mail, pour quand j’en saurai plus sur les oiseaux de porcelaine : est-ce qu’ils vivent dans le coin, écouter leur chant, le jouer avec le porcelainarium… ?

    On part avec Victor pour LES ARCHERS, village de potiers, et l’association MERLUSINE. On croise des noms étranges : L’étang du lac, Vieille forêt… Il m’apprend quelques mots de berrichon en passant devant la rue de l’irantelle (toile d’araignée). Un tazon : quelqu’un en retard et nonchalant, s’embardigoter : s’emmêler… En juin, il m’apporte un dictionnaire berrichon.

    Le contact d’Amandine avec l’association Merlusine s’appelle Thierry François, on le trouve dans son atelier-boutique qui sent bon la terre, plein de vaisselle-paysage fine et belle. Il nous parle généreusement. Son déclic perso : un travail d’émail à la maternelle. Il a fait beaucoup d’autres métiers avant de se former à celui-là vers ses 40 ans. Il nous parle de l’attente >> déclic du temps. De la surprise perpétuelle, quand on ouvre le four, et des erreurs magnifiques difficiles à reproduire (le bleu nuit d’une de ses gammes, en discutant avec ses parents). Sur ses étagères, des oiseaux brillants : des épis de faîtage, spécialité locale, un coq entouré de poussins mais lui fait plutôt des oiseaux comme Gilbert, dont il a pris la succession. On parle aussi instruments de musique en porcelaine (ocarinas, flûtes, udus …). Il nous invite à aller voir ses collègues avant 17:00 (ils ont une réunion) puis au musée qui ferme à 18:00, pendant qu’il continue de fabriquer des porte-éponges hérisson commerciaux

    On marche dans le village, la tête en l’air, à la recherche d’autres épis de faitage : plein ! Des tasses accrochées à un rosier grimpant. : un tassier ? Deux ateliers plus ou moins ouverts, mais personne. Un homme endormi sort du troisième, Marc-Michel Gabali, il retourne chercher lunettes et casquette, nous fait visiter son atelier assez vide, on parle de ses cours de céramique à l’école d’art de Saint-Amand et il nous emmène au fond de son jardin-brousse voir son four allongé, sous un hangar, qui ressemble à un immense chat de terre, et une montre-fusible. Quand il cuit ses pièces (nourrir le feu par les alandiers), c’est 5 jours et 5 nuits en continu >> déclic du feu (il faut aimer le feu, vivre au rythme du feu). Passionné de techniques japonaises (la Mecque de la céramique), son déclic c’est un cours de céaramique pendant son service militaire et un attrait pour le feu, depuis l’enfance, aux Antilles (dès qu’il fallait brûler quelque chose, j’étais volontaire, ma sœur s’est rappelé). Travail à l’oreille : quand on n’entend plus le bois qui brûle, on recharge. Retour chez Thierry François à qui j’achète un mug océanique. Lui utilise un pyromètre numérique.

    LE MUSEE DE LA POTERIE est la maison réaménagée du dernier potier des Archers, Jean-Louis Manigault, avant la nouvelle vague actuelle. Taille idéale, conception simple et efficace. Claire Langagne, sa guide passionnée, organise des événements culturels et s’intéresse à nos métiers. Merlusine, ce sont ces épis de faîtage justement, à l’origine de simples brocs. Les archers de la garde du roi (Charles VII) étaient écossais, certains parmi eux potiers (quel rapport entre ces deux métiers, je me demande ?). La pièce à vivre s’appelle le bois chaud (c’est la région aussi ?). Les potiers se servaient sur le territoire : cristaux de quartz des chemins à fondre pour l’émail, cendres de leurs arbres pour teinter les émaux >> qu’ils s’échangeaient entre villages, de forêts différentes. Transmission des secrets de pères en fils : pas de femmes. Pour économiser une cuisson, ils polissaient la terre sèche crue avec des galets, cuisaient (eux aussi) 5 jours et 5 nuits, broyaient les ratés pour les réutiliser en barbotine et je note le nom de leurs outils. Clou de la visite : le four rond à flammes renversées préservé de la ruine par une construction. A l’époque, vitres en mica et attente de 3 semaines pour ouvrir, pour que la fonte refroidisse.

    Dans la voiture retour, Victor me parle d’un concert qu’il se rappelle : La batterie fragile par le label Un je ne sais quoi, de Tours : il y avait des toms en porcelaine ? Je lui demande de me déposer à la Maison carrée, j’ai la tête farcie d’infos et de sensations, impossible de continuer.

    MAISON CARREE : 18:56 : en train d’écrire, je me retourne vers la fenêtre, oh la beauté : il neige au ralentit et en remontant, des chatons de pissenlits ou autre chose , des flocons blancs et légers, c’est hypnotisant. Qu’est-ce que ça peut être ?

    Pas de wifi : je fais un Zoom sur mon téléphone, puis je téléphone pendant 2 heures et demie pour un prix littéraire que je marraine : effort énorme tant je ne pense qu’à la porcelaine.

    En descendant le sèche-cheveux à Valérie, je tombe dans l’escalier : suspension de la chute, le temps de réaliser ce qui se passe, au ralenti - aïe - pas trop de dégâts : râpé le pied, le coude, le genou, j’aurais pu me faire mal - fragilité de nous, que j’oublie >> est-ce qu’on peut tomber de la route ? Sur la route ? Je repense aux panneaux croisés hier : attention formation de trous, attention animaux, attention randonneurs sur 620 mètres >> quels panneaux (de porcelaine ?) sur la route de porcelaine ?


    Mercredi 14 mai

    MAISON CARREE : 4 :47 : moto et voiture dans la nuit bleue. 5:08: oiseaux-roue de vélo aigüe, des moineaux ? et la lune au bout de la route. Pas trop mal de ma chute, ouf. Réveillée trop tôt, j’ouvre la fenêtre pour me rendormir dans le concert d’oiseaux de la rivière et le jour qui se lève. Quand je me lève : brume sur les arbres et voitures qui foncent - vers Avignon Céramic, je réalise.

    En marchant vers les étranges sculptures empilées, je trouve un sentier qui descend vers le Cher - soleil dans les berges dorées et wwwwouuiiiiips, c’est Holiday-On-Mud : patinoire de boue. Mais quelqu’un a jeté un chemin de branches coupées, puis une planche. Après avoir passé la plaque de boue noire sans fond et longé une berge magnifiquement craquelée, je débouche sur le bras large de la rivière, immense reflet calme qui sent l’eau froide.

    Dans la voiture de Jean-Christophe, avec Valérie : randonneurs sur 1 000 mètres cette fois, pendant qu’on parle sommeil et insomnies, seuil hypnagogique de Dali…

    ABBAYE DE NOIRLAC : Café sur la table-ours dans le champ de pâquerettes avec Jean-Christophe et Valérie. Déambulation dans l’Abbaye d’avant visites : le cloître bleu et blanc d’iris nacrés - pour les moineaux et moi, la beauté des myosotis au milieu des feuilles de quoi (blanches, peintes) ?, iris blancs translucides ou bleu fin de nuit, leur mollesse à langue poilue, l’abbatiale vide illuminée de soleil. Une hirondelle - son craquement infime résonne. >> et si tout ce pavage était de porcelaine ? Le crissement de mes pas dans le cloître.

    DORTOIRS DES MOINES : la vidéo tombe sur la porcelainerie, pile quand j’arrive. 2 hirondelles tourbillonnent dans la chambre bleue et me suivent. La fenêtre irantelle de la chambre verte, cette lumière douce. Mes baskets boueuses, le fauteuil plein de poussière et de gravats. Elsa me remercie pour la présentation d’hier matin, me montre comment les barrières coulissent et me prête une vraie chaise de son bureau.

    CHAMBRES DE MOINES (JAUNE puis BLEUE). J’écris sur la table ronde à bougie blanche et crottes d’hirondelles. Discussion avec le public qui passe : Vous êtes bien, là./ Mon père, euh, continuez bien / C’est le silence le plus total pour écrire, hein ? Une mouche bourdonne en essayant de sortir. Un homme, télé-objectif à la main, son polo jaune est parfaitement assorti aux murs – ça ne le fait pas rire, il me demande : Pourquoi tout ce luxe ? Je le renvoie vers les guides, à l’accueil. La mouche revient, j’entends les moineaux déchaînés dans le cloître.

    J’écris dans les deux petites pièces attenantes aux chambres, cachée, pour être tranquille : chacune a un bureau et de jolis verrous à la fenêtre dont la hauteur donne envie de regarder le ciel. De quand datent ces couleurs ? Qui les a choisies ? J’écoute l’imaginaire du public : Toutes les chambres communiquaient ? / A mon avis, c’était les converses / A cette époque, faisait très froid, l’hiver. : oui, ils avaient une cheminée, une salle de bains avec un sauna…

    Le silence humain revient >> est-ce que la route de porcelaine se visite, elle aussi ? Non. Est-ce qu’il y a des légendes de fantômes ici ? La couleur des chambres comme la couleur des porcelaines unies : recherche de la teinte exacte, accidents chimiques, heureux hasards. Oh bin je préférerais une chambre comme ça à celle de cette nuit, hein / Pourquoi elle était pas bien ? / Bah c’est un motel / Non mais regarde, c’est rudimentaire / Oui mais ça a du cachet.

    DEJEUNER COLLECTIF, DEVANT LA SALLE DE CONVIVIALITE : Delphine : la neige qui monte, c’est le peuplier qui déboure. Dans les peluches-flocons, si je regarde bien, je verrai les graines transportées : le peuplier noir a des graines blanches et le peuplier blanc, des graines noires. Jonathan : le faux myosotis aux feuilles magnifiquement peintes en blanc s’appelle Brunera, ou Myosotis du Caucase. Fabienne : Les fantômes ici ? Peut-être les bébés enterrés sous les piliers - l’abbaye est un cimetière, de toute façon ! - ou le fameux moine assassin.

    STUDIO 4 : expérimentation de notre porcelainarium et nuancier sonore, avec Jean-Christophe. Wouaou !!! On écoute chaque pièce pour les répartir par familles, sur toutes les tables, qu’on réécoute une par une : Jean-Christophe en joue, on se dit ce que ça nous évoque, on les baptise.

    1) La fleur à cloches : 6 corolles blanches à monter en grappe, sonnent comme des cloches

    2) Les orques (à Octave) : en colonne, 2 sonnent à l’octave

    3) Ting ting ting, la table aiguë : 6 mazagrans + mugs, des couvercles, son de sonnettes

    Jean-Christophe découvre le secret des tasses bi-ton : les deux notes séparées sont créées par l’anse ou le bord de tasse si on la tient par l’anse. Posée, la tasse sonne en deux tons superposés.

    4) La table mélodique : 3 tasses, 2 mugs, 3 assiettes (on joue A vous dirais-je maman)

    5) Le marli des bêtes : on ne peut jouer QUE sur leur marli : très beau son, et bonus décor

    6) Les bols wawa : magnifique son de carillon, + jouer sur le niveau d’eau pour les accorder

    7) Les assiettes parlantes : ½ ton d’écart entre les 7, comme une conversation

    8) Les disco-bols : filtres ronds perforés d’AC, à jouer suspendus, sons purs, tons des bols

    9) Petite pluie (un ou plusieurs rideau/x) : rideau cliquetant, poignées de pièces minuscules

    A ces 9 parties/façons de jouer de notre porcelainarium s’ajoutera une dixième :

    10) Echantillonneur / tous ces sons : en jouer comme du gravier, des pas sur la route…etc

    Idée pour le final : joué sur les bols wawa, en écho à une phrase ritournelle, on invite le public à venir jouer avec nous pour accompagner la fin de la lecture, on reprend en chœur. On définit ce qui nous manque, que j’essaierai de demander demain dans les greniers d’AC. Puis on va écouter Le chant des pierres que Jean-Christophe vient d’installer pour Les Échos des Futurs.

    MAISON CARREE : après quelques courses (hirondelles et marée de boutons d’or sur la route), on prend l’apéro avec Jean-Christophe et Valérie, en parlant d’acousmonium-orchestre de haut parleurs, du Traité des objets musicaux de Pierre Schaeffer - Valérie l’a co-traduit : comment décrire les sons ? Une bible-pavé, dont Michel Chion a écrit des traités abrégés. 21:56: je trie mes photos du jour en écoutant les grenouilles dehors - et des criquets ? 23:03: il fait nuit noire et les grenouilles coassent toujours ?


    Jeudi 15 mai

    MAISON CARREE : 4 :40 crampe dans le mollet : toujours des grenouilles. 5:30 : plus un son ? si, les premiers oiseaux. Réveil définitif avec un loriot, montré (des oreilles) par Jean-Christophe sur le parking hier matin. Je range, fais mes sacs, défais mon lit : mon nomadisme >> la route. 8:00: le bas du frigo est si froid que mon demi-avocat a gelé >> le froid, décidément piste à suivre. Petit-dej en regardant passer les voitures, au son de batterie frénétique de mon œuf dur qui cuit.

    ABBAYE DE NOIRLAC : après avoir café-parlé avec Jean-Christophe et Valérie à la table-ours, puis Florence et Nathalie dans leur pièce ensoleillée grande ouverte, puis avec Amandine dans la chambre jaune, et Alan et Maxence, je m’installe pour écrire dans mon bureau de rêve de la chambre bleue. Demander à Denis Lionnet l’histoire de la petite gargouille que je sors de mon sac. Comment elle peut s’appeler ? A Elisabeth-Babeth aussi, la seconde dernière des mohicans. Faire cercle. Je déballe aussi un micro-monde blanc apporté de chez moi, dans la tache de soleil. Un balai s’approche. C’est moi, dit Florence en poussant les chaises et le fauteuil royal. T’es punie ? elle rit en me découvrant dans mon réduit. Non, j’ai le meilleur bureau du monde, je réponds. Elle est d’accord : plus c’est petit, mieux t’arrives à te concentrer. Sur la route de porcelaine, tout le monde vivant marche. J’écris : troublant long trou blanc.

    11 :40 : la Terre tourne, le soleil quitte la table. Une feuille par terre ? Non, une sauterelle fossilisée. Reconnaître les gens au son de leurs pas. Le silence de la règle de Saint Bernard. Je repense au château glacé du Centre de la Presse. Nomadisme, succession d’habitations.

    L’après-midi, retour à AVIGNON CERAMIC avec Amandine et Carolle, pour une heure. Dans l’étuve du grenier 3, sous la tôle ondulée, je farfouille dans les cartons de décalcomanies écaillées comme de vieux insectes pendant que Carolle et Amandine discutent avec David Boureux. Il sort une caisse à remplir de tout ce dont on aurait besoin à nouveau, à commencer par les super filtres en céramique perforés, et par d’autres couvercles de la caisse sous l’étagère que je fais sonner un par un - quelques petits oiseaux blancs en bonus. Bref passage dans le grenier 2 pour récupérer les petites plaques numérotées : super nouvelle récolte sonore.

    ABBAYE DE NOIRLAC : Méga vaisselle, rangement avec Jean-Christophe qui trouve une nouvelle technique sonore en frottant les deux bébés orques rapportés : un chant de blizzard >> à enregistrer aussi. Avant de partir, on vérifie avec Delphine les oiseaux de porcelaine au bec cassé que j’ai photographiés : le rouge, un canari rouge ? le marron, un petit faucon ? le couché : de la famille des pigeons ; le tout petit ??? C’est peut-être aussi des oiseaux imaginaires ou exotiques, elle dit : la mode à cette époque.

    VOYAGE : Dans le premier TER à peine rempli, je mange mon étrange sandwich brioche-houmous-fromage de chèvre (tous mes restes), mon œuf dur et je bois de l’eau « reload » - je suis vannée. Ça me fait penser au mot fêlé - on laisse passer la lumière : qui dit ça ? Je cherche, quand j’ai du réseau : Michel Audiard. Oh pétard, j’ai mal au crâne - tout ce soleil. En regardant les oiseaux de leur catalogue, je me demande pourquoi le signe de Porcelaines de Paris, c’est 2 flèches croisées ? Des archers, encore ? J’écris un mail à David Boureux, un autre à Denis Lionnet, j’admire une gloire grise et dorée derrière des éoliennes, je sens monter un bon mal de dos : le poids de notre nouveau trésor de porcelaines. Quel rapport entre le feu et l’enfeu ? >>demander à Carolle. Je cherche. Aucun apparemment : enfeu vient d’enfouir. Je doute. Le soleil se couche sur la ville qui pousse derrière les vitres qui glissent, j’écris :

    sur la tenture des murs usée jusqu’à la trame

    jaune

    bleue

    gris vert

    nos déchirures sourient de tous leurs fils qui battent au vent

    taches trous mouchetées

    vivants


    le cri des hirondelles résonne entre les murs

    swift passages

    leurs fines ailes noir-bleu brillant

    tout le couloir résonne de leurs appels jusqu’à ce que

    par la fenêtre ouverte

    elles fondent

    bues par le ciel bleu aveuglant


    marli

    route sans fin

    qui tourne tourne autour de nos soupes

    route en boucle qui résonne

    sous nos cuillers après la faim


    Ma semaine 5 à Noirlac - juin 2025

    Lundi 2 juin 2025

    VOYAGE : 14:22 Quel incident technique peut bien priver l’Intercité bondé pour Toulouse (arrivée après 21:00) de ses voitures 5 et 15 ? Comme d’hab, pas de réseau tant qu’on est en gare. Assise au milieu d’un 2x3 sièges, bêrk. Juste pour une heure, vivement Vierzon. Les gens parlent fort et avec l’accent toulousain, beaucoup d’étranger.es aussi – que font là ces 3 très vieux asiatiques ? 2e train, sans prises sauf places à 4. Mehun sur Lièvre, Marmaille. Les champs : des pelages à l’air tout doux longés : j’aime ce moment d’herbes hautes, dans l’année. Pas vu la route volante, cette fois : trop loin de la fenêtre. Inveho UFO, l’usine juste avant SAM. Amandine vient me chercher à la gare de SAM avec sa petite voiture bleue repérable. Elle me donne le nouveau code de la boîte à clés de la maison carrée : les 2 départements que ça représente - pour elle ! On blague : passer le temps avec des enfants sur la route.

    MAISON CARREE : je dîne la fenêtre ouverte en écoutant tous les oiseaux du bord du Cher : foie de morue/citron apportés et bon pain noir acheté par Amandine. Il n’y a qu’un torchon ? Demander à Florence – qui a gentiment pensé aux serviettes et au shampooing, comme chaque fois. 22:30 dans mon grand lit, chambre Bergen – c’est ma préférée, je ne change plus — j’écoute les cigales et les grenouilles au loin. Des cris affreux dans la nuit : entre chats qui se battent et bestioles dévorées, tout près. Qu’est-ce que c’est ? [pas de réponse…]


    Mardi 3 juin 2025

    MAISON CARREE : 2:00 une voiture passe ; 6:45 festival d’oiseaux ; 7:38 petit déjeuner fenêtre ouverte, bloquée par un pot de confiture de fraises : est-ce que les différents groupes sonores qu’on est en train de rassembler avec Jean-Christophe sont des voix différentes OU des moments différents du récit ? C’est ma question du jour, avec : comment on en joue, ce que ça évoque et où. Un pick-up passe vers Bruère, un épagneul roux et blanc à la fenêtre passager, oreilles au vent. Je remonte dans ma chambre préparer mon sac et fermer la fenêtre : ma housse de couette fleurie me ravit.

    ABBAYE DE NOIRLAC : 9:00 Amandine passe me chercher sur l’Abbaye Road. On parle chants d’oiseaux, elle évoque l’appli Merlin qui les reconnaît, que Delphine lui a montrée.

    STUDIO 4 : Café-ours dehors avec Jean-Christophe : l’art et le travail, le travail et la création. Au boulot ! On a bloqué toute cette journée pour fabriquer ce qui nous reste à faire. Expérimentation : comment tout accrocher pour que ça sonne au mieux ? Écrire, c’est aussi tortiller du fil de téléphone à la pince. Sur le portant de l’entrée des studios, débarrassé de ses cintres, on assemble les filtres circulaires de différentes tailles d’Avignon Ceramic et les petites breloques sonores qui viennent des deux entreprises. On teste. On fait sonner, on défait, on refait : un rien brise la musicalité.

    On fonce à BRICODEPOT avant sa fermeture, les 2 seul.es clients au milieu d’employés adossés à leurs rayons qu’on sillonne à toute allure : brochet ou sandre, le fil de pêche ? et on prend le dernier rouleau de fil de fer - blanc, yesss !- pendant que les fluos s’éteignent l’un après l’autre : ça ferme !

    ABBAYE DE NOIRLAC : 13 heures : casquette sur la tête, je déguste mon pâté aux pommes de terre au soleil du déjeuner collectif sur les tables-ours : merci Cosyns ! et je téléphone à Lola Molina / Cie Léla, pour organiser demain.

    STUDIO 4 : On passe l’après-midi à continuer d’assembler notre porcelainarium avec Jean-Christophe, suivant nos intuitions, nos matériaux disponibles, nos oreilles. On tricote et on tisse tous les petits éléments en parlant. En fin d’aprèm, 3 éléments musicaux sur le portant (qu’on étale ou qu’on resserre pour se concentrer sur l’un ou l’autre) : Troupeau-Nuage-Ali Baba (parce que 40 filtres), Gling gling-Petite pluie, et les tasses mazagrans-couvercles-cache prises, auxquels il faudra ajouter tout ce qu’on a déjà testé, regroupé par familles et qui se jouera sur table : un monde sonore éblouissant. Comment dire l’éblouissement des oreilles, d’ailleurs ? Notre langue manque de termes pour décrire l’écoute finement.

    LIBRAIRIE SUR LES CHEMINS DU LIVRE, à Saint Amand : Rencontre autour de mon roman Rose immobile et de mes autres titres, avec Nadège la libraire et Danièle qui me pose des questions. Discussion, lecture d’extraits devant une salle pleine (mais pour Nancy Huston, ça débordait dans la rue ;-). L’abbaye de Noirlac est venue en force : Elisabeth, Fabienne, Amandine et Jean-Christophe, ça me fait plaisir. Echange d’enthousiasmes : Jérôme Leroy, la chanson Clémence d’Anne Sylvestre, Le volume du temps de Solveig Balle (7 tomes qui se passent tous le même jour ?!) et récit à plusieurs voix de notre projet La route de porcelaine. On me suggère d’aller à la Borne : merci mais trop loin, je réponds. Que les mondes soient réciproques, me dit une sculptrice qui me fait dédicacer Quelques moments sans gravité.

    On dîne en plein air à LA LANTERNE avec Nadège, Daniele et leur chien Verlaine (“Verlaine ! couché !” ça doit faire drôle à dire). Nadège m’offre Vivonne, de Jérôme Leroy, un de ses auteurs préférés. On parle des livres qu’on emporterait avec nous, de nos chemins professionnels en zigzags pendant que la nuit tombe sur le marché couvert. Lire Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyn Saucier.

    MAISON CARREE : Minuit 15 : je m’endors en écoutant les grenouilles. 2:00. 3:30 : la pluie.


    Mercredi 4 juin

    MAISON CARREE : 6:00 j’ai chaud, réveil aux oiseaux, fenêtre ouverte : les deux notes du loriot, pigeons éraillés, pioupious aigus… la pluie s’est arrêtée, les escargots doivent sortis ; 6:26 je quitte météo et Insta et j’écoute les oiseaux, à la place : c’est mon dernier matin solo.>>quelle légende contemporaine forte et accueillante offrir à tous ces gens que j’ai rencontré.es ?

    8:00 : J’attends Victor dehors, la pluie s’est arrêtée. Comme je rentrerai tard ce soir et qu’il n’y a qu’une seule clé de la porte d’entrée, j’ai laissé un mot sur la table – sous le pot de confiture de fraises - pour demander à mes futur.es colocs de la laisser ouverte : je refermerai après. On roule, on parle de son mémoire en croisant les pylônes-renards souriants aux yeux plissés, en route vers la médiathèque départementale de Bourges. Les vallées froides – quel nom !

    La MEDIATHEQUE DEPARTEMENTALE a un fonds théâtre contemporain pour la jeunesse très riche (plus de 200 titres), réactualisé récemment. Avec Lola Molina de la Cie Léla, on s’est appuyées dessus pour préparer en duo cette rencontre-discussion en direction des bibliothécaires, c’est passionnant et vif : transmettre, ouvrir des portes, partager.

    On déjeune à la BRASSERIE DU LAC avec Victor en parlant d’avenirs professionnels et on part avec une bonne marge pour ne pas arriver en retard…

    …juste le temps d’apercevoir deux chevreuils dans le parc devant le bâtiment d’accueil de PILLIVUYT, qui bondissent dans l’ombre sous les arbres. C’est notre seconde visite à Pillivuyt, accueilli.e par Eric Dubois comme la dernière fois, pour nous faire visiter le laboratoire où il travaille. Magnifique nuancier de porcelaine au mur, petit buste de Charles (Pillivuyt) récupéré, explications passionnantes, souvent au-dessus de mon niveau scientifique : réactions chimiques, oxydo-réductions, l’émail se tend en cuisant, le bleu de four, le rutile (silice + oxyde de titane), le Pillenium, les recherches sur la solidité avec le Mouton-pendule de Charpy (et pas le pendule de Mouton Charpy), les tests de chauffe puis bain d’eau froide, de 20° en 20°, jusqu’au cassage.

    Il nous a mis de côté quelques pièces qui sonnent magnifiquement. Je demande des oiseaux blancs, on retourne dans les greniers en retrouvant Dominique, la sculptrice sur plâtre, qui nous montre la petite tête d’ange dans la niche au-dessus de son établi : il n’a pas de nom, il est là, c’est tout. Des oiseaux, il n’y en a pas, je les ai rêvés. Je parle de la saucière vache – ah, le crémier-signature de la maison. Retour dans le bâtiment des bureaux, on serre la main de Lisette Ayala, la chargée de développement marketing de Pillivuyt qui m’a envoyé tous les liens, que je remercie, on monte dans les salles d’expo, il trouve deux vaches et nous en offre une : génial ! Sur le parking où il nous raccompagne, il nous parle de la fête médiévale des 190 ans de Pillivuyt à Noirlac avec ménestrels et cracheurs de feu… il a oublié la date, on la cherchera pour le Centre de la presse. [Lisette Ayala me la mailera : les 5-6-7 septembre 2008]. Victor me ramène à Noirlac : carton plein, enfin cagette pleine ! Et je déballe tout dans le studio 4, à laver demain.

    COUST : Je vais dîner chez mon amie Françoise, artiste multi-talents, photographe, autrice, metteuse en scène et directrice de théâtre, qui habite Coust et fréquente l’abbaye depuis très longtemps. On boit le champagne en l’honneur de ma nouvelle petite-fille, je ne suis pas venue depuis plus de 20 ans, certaines choses ont changé, d’autres pas du tout >> ce qui vit, d’un paysage.

    MAISON CARREE : En entrant dans la maison - porte ouverte, ouf ! je trouve un étui à contrebasse sur le carrelage du salon où un barbu souriant sursaute de me voir, un verre d’eau à la main - ils connaissent la maison, il me dit, ils sont déjà venus : combien sont iels ? Réponse demain matin.


    Jeudi 5 juin

    MAISON CARREE : Réveil 6:30, ouch, dans une maison habitée par d’autres : c’est différent. C’est la compagnie La belle aventure de Francine Vidal, amie de Camille Perreau (grâce à qui j’ai rencontré Jean-Christophe, sur la Pointe du raz), qu’elle a amenée à Noirlac : boucle bouclée !

    ABBAYE DE NOIRLAC : 9 :15 Rencontre avec les bibliothécaires des 3 villes choisies par la Médiathèque Départementale et le service d’Action Culturelle pour le projet de lecture de Rose immobile, venu travailler pendant 2 jours : Foëcy, Vignoux sur Barangeon et Vouzeron, accompagnées par Alisson. Dans l’une, l’histoire de la lecture publique commence par l’armoire de la salle du conseil, puis un espace dédié, puis la construction de la bibliothèque. Dans une autre, toute petite, on se sent comme dans une grotte. On parle carillons de porcelaine (Séverine, de Foëcy, est porcelainière, n’a pas trouvé de boulot, s’est recyclée mais continue de fabriquer chez elle), Mathieu Malzieu, Japon. Je raconte mon premier voyage en suivant les lieux de mes auteur.ices préféré.es. L’air embaume le tilleul. Dehors, je croise Florence et Nathalie avec une brouette : Je te sors des torchons dans la salle commune, ils étaient tous au sale. / Retour dans le studio 4 : qu’est-ce qu’il y a dans ces sacs en kraft ? J’y crois pas ! Des piles et des piles de filtres !!! Au boulot pour les accrocher !

    11 :45 : Visite spéciale porcelaine avec Carolle et les hirondelles qui sifflent. Je prends de nouvelles notes. Ici à l’origine : que des bois et des marécages. Jean-Amable : quel prénom. Les charrettes >> sur la route. On dérange les hirondelles. Dans l’abbatiale : tout se croise, avec Foëcy /Pillivuyt. Une photo de 1877, très belle. Les cloches disparaissent avec la révolution. Les gazettes dans la butte (fouille d’avant jardins de Gilles Clément). La vaisselle du quotidien à Noirlac. Le cloître est rouge-rose des rosiers d’en fleurs. Salle capitulaire : un lien avec capituler, ou avec chapitre ?

    On déjeune ensemble, rejointes par tout l’équipe, puis elles repartent travailler avec Lucie studio 1.

    STUDIO 4 : Je tricote les guirlandes de petits filtres en céramique sur du fil de pêche pour développer Petite pluie : ces pastilles perforées, qu’est-ce que ça pourrait être ? Des bonbons, de la monnaie, des graines de routes de porcelaine, de pavot troué, à distribuer à la fin à chacun.e : plantez-les ?

    Tout en bricolant, je réfléchis à Foëcy – que ce soit cette bibliothèque qui s’associe au projet : c’est logique finalement >> y a pas dazar >> le hasard ne se pose pas par hasard >> les hasards ne se posent pas pas hasard >> les oiseaux blancs, un puis trois, puis par nuées, par bancs… ?

    J’accroche par sa queue très pratique la vache-chat qui ne résonne pas mais rejoint notre bestiaire visuel. Elle crache de la crème par le trou de son muffle - ou le pleure ? Je prends des photos de toutes les créatures, une par une, posées sur l’enceinte blanche, sur fond blanc perforé. En raccrochant les seaux sur le palan, je découvre des poissons peints : le moine Kaolin est pêcheur !

    Tous les trous dans le mur blanc du studio, dans les filtres /graines ou les cercles du nuage troupeau >> la porosité. D’ailleurs, c’est le processus du premier bain d’émaillage : toute l’eau de ce lait est bue par le dégourdi poreux > poudreux avant cuisson/vitrification. J’écoute et je photographie les 12 couvercles, les assiettes dorées, le duo tasse et la soucoupe, les mortiers de pharmacies lourds et empilables, les pilons assortis. J’enregistre en note vocale les sons de Petite Pluie et Nuage-Troupeau. Quand les rangs extérieurs de Petite Pluie cognent le cadre du portant, on dirait de la pluie qui ricoche sur un seau en tôle : bel accident qui fait naître un nouveau détail. Je re-regarde tous les éléments de porcelaine qu’on a rassemblés, sonores ou non. L’arrière des tasses aussi, c’est des têtes d’oiseau. La fine cape bleu nuit des hirondelles qui sautillent dans le gravier m’éblouit. Un bleu particulier, sombre, velouté, chatoyant, comme une teinte d’aile de papillon.

    MAISON CARREE : Dîner festin avec les 2 compagnies pendant que Gabriel, le fils de Jean-Pierre Seyvos, regarde le match au résultat étonnant sur l’ordinateur de Francine - la remontada française. On parle travaux et outils, plantes, porcelaine, fours (je cherche les coordonnées de Denis et Marc-Michel pour Philippe qui cherche des fours où tester l’oxydation métallique pour James Thierrée), Florence Seyvos, Claude Ponti, l’IA génératrice de play listes, de musique : musique, musique.


    Vendredi 6 juin

    MAISON CARREE : 6:30 réveil aux oiseaux pour ne pas me rendormir. Petit déjeuner avec Francine, Aurélie et Olivier, à parler du plaisir infiniment renouvelé des côtes bretonnes. Rangement de ma chambre, bagages : moi aussi, je suis sur la route [de porcelaine]. Dehors , le crachin breton dont on parlait hier soir. Sms de Fabienne : changement de studio dû à la pluie, j’écris des mails pour accompagner la recherche de Philippe, les oiseaux et les grenouilles se déchaînent.

    ABBAYE DE NOIRLAC : Café-table tête d’ours – non, il pleut, en intérieur. Jean-Christophe me raconte l’abandon en musique, dans le sens s’abandonner à, et me fait écouter le 2ème mouvement de la 1ère sonate clarinette et piano de Brahms sur son téléphone. C’est l’heure des cafés-réveils, on rencontre toutes les compagnies en répé pour le week-end, dans les odeurs de tilleul et celles d’épices du catering, dans les fuites d’eau chaude ronflante aussi – faut vraiment mettre le petit coussin pile en place, dans la cafetière - et changements de programme à cause de la pluie.

    9 :15 : accueil des bibliothécaires de Foëcy (plus que 2) + Charlotte : l’important, c’est d’en faire leur projet, à leur mesure, c’est un cadeau magnifique pour le roman. Séverine (Trochet) nous a apporté un carillon de porcelaine cristallin qu’elle a fabriqué – cristallin, on n’a pas ce son ! Et deux pièces animales (chouette et mouton) qu’elle nous offre : Quand je vous ai entendus parler d’animaux…. On les mettra dans Petite pluie, merci, et le beau hasard. Le carillon, elle nous le prête : joie, il pourra jouer solo. Valérie m’a appporté des photos agrandies de Foëcy avant/après. Elles nous parlent de Deshoulières et de La francaise pendant que je monte des pupitres puis je passe le relais à Lucie. Amandine me transfère le ok de Nadia pour le catering : miam.

    STUDIO 4 : J’écoute et enregistre les baguettes de porcelaine de Denis. J’écoute et enregistre les 12 couvercles : 4 sonnent vraiment, le rose est magnifique, je note leurs motifs, leurs inscriptions intérieures. L’estampille >> laisse, Tampille. J’écoute et j’enregistre les 5 cloches de muguet géant, une fois que j’ai trouvé comment les faire tenir dans des rondelles de mousse comme des anneaux de poulpe. >> un monde où l’ouïe - silence comme musique - est plus importante et valorisée que la vue ? >> les fêlés.es / sonner fêlé / ne pas résonner >> à quoi on sert, comment on vit quand on ne résonne pas, quand on se fêle, quand on se casse ? En fait, il y a 18 couvercles, dont le vert ajouré qui sonne comme un vélo de mon enfance.

    12 :30 : Les bibliothécaires, Charlotte et Lucie déjeunent avant tout le monde, je les rejoins : elles ont eu d’autres idées, comme de dire à leurs abonnés : ramenez votre chaise ou votre coussin préférés. On pourrait faire des photos-portraits de leur chaise, d’eux ou elles avec leur chaise, une collection de photos de chaises végétales aussi. Elle me racontent le circuit historique de 5km qu’on peut faire à pied (foecy.fr), la tombe en porcelaine de Louis Lourioux, mort dans un accident de voiture après avoir commandé sa propre pierre tombale en porcelaine (>Les balades de Stéphane, historien, sur Facebook).

    Petit à petit, on est rejointes par la foule d’artistes, trempée, cheveux plaqués au front, épaules relevées, courant entre les flaques. La bâche du catering est montée à l’envers, normalement il y a un auvent - dès qu’ils vont la retourner la pluie s’arrêtera - bin dépêchez vous - pas sous la pluie ?! La diagonale bleue sur le téléphone de Jean-Christophe, c’est la pluie qui va tomber tout l’après-midi. Soucieuse des rafales de vent à venir (50 km/heure) Fabienne déjeune avec son oreillette allumée. En fin de déjeuner, Elisabeth demande si tout est démonté. Pas du tout : on l’emmène dans le Studio 4, on effleure Nuage-Troupeau, on en joue, elle est saisie, et on fait sonner pour elle les couvercles, le saladier de la vaisselle-miracle…En voiture avec Jean-Christophe vers SAM, on reparle du moment participatif final qu’on aimerait >> écrire un générique, et pareil au début ?

    VOYAGE : Premier TER plein d’ados trempé.es. >> Quels sont les dangers de ce monde de porcelaine ? Deuxième TER à prises et tablettes : je saisis ma liste de suggestions pour la médiathèque et je trie mes photos de cette semaine si intense, à nouveau.


    Juin, juillet, août

    Complètement immergée dans cet univers, je continue de travailler sur mon texte (j’ai promis à Jean-Christophe de le lui envoyer avant la fin juillet.)


    Jeudi 24 juillet 

    J’envoie ma première version complète de La route de porcelaine à Jean-Christophe, elle fait 40 pages. Je lui dis : Comme promis, voici ma première version complète, pour que tu puisses te plonger dans son univers et y rêver avec tes oreilles. C’est la fin d’un premier travail intense et continu, je la reprendrai début août à tête reposée. Toute l’histoire est là mais il y a des erreurs encore, des incohérences, des rythmes et des façons de dire à améliorer. J’espère qu’elle te parlera, moi elle m’habite complètement. Je l’ai appelée Version DEF 1 ;-) parce qu’on ajustera tout ça ensemble. Je la chronométrerai en août aussi, j’ai aucune idée de ce que dure sa lecture brute, j’ai juste écrit tout ce que j’entendais, dans ma tête. A peine cette version « définitive » mailée, je commence à la retravailler.

    Jeudi 7 août :

    On se téléphone plus d’une heure avec Jean-Christophe pour s’en parler. De son côté, il finit de créer tout le porcelainarium et m’envoie son déroulé sonore imaginé.

    Vendredi 8 août :

    Je maile ma nouvelle version de La route de porcelaine à Jean-Christophe (36 pages) en lui disant : Comme promis, voici la V2. Je l’ai lue ce matin à voix haute : 43 minutes, c’est cool, ça nous laisse beaucoup de temps musical, quand on voudra. J’ai juste pas eu le temps de bien retravailler les génériques comme on s’est dit, 5/7/5/7… mais pars sur ce rythme et je te donnerai de meilleures paroles début septembre. Pareil pour la chanson de Marli : dis-moi si tu as besoin de modifications de rythme.



    Calendrier du projet

    • Du 10 au 12 décembre 2024
    • Du 4 au 7 février 2025
    • Du 15 au 18 avril 2025
    • Du 12 au 15 mai 2025
    • Du 3 au 6 juin 2025
    • 20 et 21 septembre 2025 : Restitution à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine (lecture-performance avec Jean-Christophe Désert, exposition autour de la résidence d'écriture de La Route de Porcelaine)